Accueil Evénements - HAR Colloques et journées d'études Journée d’étude / Capitalisme et désir, des années 1990 à nos jours

Journée d’étude / Capitalisme et désir, des années 1990 à nos jours

Bâtiment Paul Ricoeur (L)
Salle des Conseils, au 4e étage du bâtiment Ricœur
Université Paris Nanterre

Organisation

  • Tristan Pellion
    doctorant en philosophie, au laboratoire Histoire des arts et des représentations (HAR)
  • Po-Yu Huang
    doctorant en philosophie, au laboratoire Institut de Recherches Philosophiques (IRePh)

L’entrée est libre et sans inscription

Comment le capitalisme modèle nos désirs, et comment, en retour, notre désir agit sur le fonctionnement du capitalisme ? Cette question a traversé le vingtième siècle, du freudo-marxisme jusqu’aux deux tomes de Capitalisme et Schizophrénie de Gilles Deleuze et Félix Guattari ou L’Économie libidinale et Des dispositifs pulsionnels de Jean-François Lyotard, non sans susciter des paradoxes et mystères. Les sujets, dans une société industrielle, « habitent dans des appartements concentrationnaires et ont des voitures privées avec lesquelles ils ne peuvent plus s’échapper vers un monde différent », ce qui rend impossible la détermination de « leurs propres besoins et leurs propres satisfactions » (Marcuse, Éros et civilisation). Les ouvriers peuvent jouir « dans et de la folle destruction de leur corps organique qui leur était certes imposée », « de la décomposition de leur identité personnelle, de celle que la tradition paysanne leur avait construite », « de la dissolution des familles et des villages », « du nouvel anonymat monstrueux des banlieues et des pubs du matin et du soir » (Lyotard, Économie libidinale). Tous peuvent même crier : « encore plus d’impôts ! moins de pain ! » (Deleuze et Guattari, L’Anti-Œdipe). Le désir est politique et économique ; l’économie et la politique sont libidinales.

Ces pensées demeurent-elles valables ? Dans la mesure où le capitalisme n’est pas un système rigide, comme le montre bien Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello, mais se caractérise par sa plasticité, sa capacité à intégrer et ingérer la critique, la question se pose. Le capitalisme de notre époque n’est pas tout à fait identique à celui de Marcuse, Deleuze, Guattari et Lyotard, qui lui-même diffère de celui de Marx ou Freud. Par conséquent, il nous faut nous interroger : la relation entre le désir et le capitalisme d’aujourd’hui est-elle la même que celle pensée par tous ces auteurs ?

Il se trouve qu’un grand nombre d’auteurs a tenté de penser à nouveau frais cette relation depuis les années 1990, période que nous proposons de prendre comme point de départ car elle correspond, avec la chute du bloc soviétique, à la victoire du système économico-politique occidental, devenu capitalisme mondial intégré (pour reprendre une expression prophétique de Félix Guattari datant de 1981), et à sa planétarisation. S’est développé ce que Mark Fisher appelle réalisme capitaliste, le définissant comme « une atmosphère généralisée, qui conditionne non seulement la production culturelle, mais aussi la réglementation du travail et de l’enseignement, et qui agit comme une sorte de frontière invisible contraignant la pensée et l’action » (Fisher, Le réalisme capitaliste). Selon le penseur anglais, le capitalisme, à notre époque, « vient occuper les horizons du pensable, sans le moindre accroc », et il faut donc bien se demander ce qu’implique pour le désir le fait que le capitalisme n’ait plus de dehors, comme il pouvait encore en avoir, certes à l’état de zone à coloniser, au temps de Marx, Freud ou du bloc soviétique.

Il ne s’agit pas de balayer d’un revers d’un main les analyses des penseurs du vingtième siècle, mais plutôt d’investiguer en quoi celles-ci doivent être amendées, élargies ou partiellement réfutées. Par exemple, dans son ouvrage La société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère numérique, Bernard E. Harcourt montre que les analyses canoniques du pouvoir, comme celle que propose Michel Foucault dans Surveiller et Punir, demeurent valables en partie, mais doivent être réévaluées à l’aune d’éléments spécifiques à notre époque, comme notre désir de nous exposer, en particulier sur les réseaux sociaux. Comme il l’écrit : « Nous ne sommes pas surveillés : nous nous exhibons sciemment » (Harcourt, La société d’exposition). C’est à des réévaluations analogues que nous voudrions que les communications soient consacrées. Nous sommes, peut-être, dans la troisième époque des représentations du rapport capitalisme-désir, après celle de la répression (de Marx à Freud) et de la jouissance (de Marcuse à Lyotard).
Des expressions plus récentes pour qualifier le capitalisme, ou certains de ses aspects, ont émergé : capitalisme patriarcal ou racial (même si cette dernière apparaît en 1983) pour manifester la parenté essentielle entre système économique et domination fondée sur une hiérarchisation homme/femme ou blanc/non-blanc, capitalisme cognitif pour désigner la nouvelle marchandise qu’est devenue notre attention. C’est aussi à partir de ces désignations plus récentes que nous invitons à penser la question du désir.

Date

17 Avr 2026
Expiré!

Heure

09:00 - 17:00

Lieu

Université Paris Nanterre
200 avenue de la République 92000 Nanterre