Caricature de l’anti-antisémitisme à la Documenta de Kassel / Caricature of anti-anti-Semitism at Documenta in Kassel / Karikatur des Anti-Antisemitismus auf der Documenta in Kassel, par Hervé Joubert-Laurencin

6 Juil 2022 | Retours sur événements

Caricature de l’anti-antisémitisme à la Documenta de Kassel

(English and German versions below)

Le 21 juin, premier jour de l’été 2022, j’ai assisté à Kassel, dans le land de Hesse en Allemagne, à un autodafé moderne. Lors de la Documenta, rassemblement d’art contemporain qui a lieu tous les cinq ans et engage de très gros moyens avec plus d’un million de spectateurs payants pendant cent jours, une immense fresque en plein air érigée au plein centre de la ville et à cinquante mètres des lieux d’exposition principaux, sur la Friedrichsplatz, peinte par un groupe indonésien engagé depuis un quart de siècle contre les crimes totalitaires de leur pays, de leur région et ouvrant leur révolte pacifiste par l’image, principalement antimilitariste et antiraciste, au monde entier a été, dans un premier temps, recouverte d’un immense voile noir puis, le lendemain, détachée et démontée devant une petite foule clairsemée, composée d’une vingtaine de petits bourgeois offensés qui s’est permis d’applaudir et de filmer la beauté du geste, et d’une petite centaine d’artistes exposant à la Documenta, ulcérés et sans voix pour la plupart. Sauf les trois artistes palestiniens se trouvant là et qui – je crois avec raison, et ils avaient des raisons objectives et déjà vieilles de plusieurs mois de le penser – se sont sentis étrangement visés et ont crié à l’improviste : « Free Palestine ! » Au moins a-t-on entendu ainsi quelques cris pour s’opposer au démantèlement d’une œuvre d’art sur un pré (le pré carré d’un lieu d’exposition) qui était censé le défendre. Quelques autres leur ont emboîté le pas, bien peu : « Art si not a crime ! », « Kassel culture, cancel culture ! » Il se trouve que la personne responsable de cet affichage, à savoir le membre du groupe « Taring Padi » (TP) présent sur les lieux à Kassel, est un jeune homme charmant, sensible et parfaitement intelligent, nullement agressif et encore moins antisémite puisqu’il lutte contre tous les racismes et tous les totalitarismes. S’il on est critique d’art, on pourrait plutôt lui reprocher d’être trop général dans sa dénonciation. Et pourtant, il a été affirmé que la fresque était gravement antisémite, donc gravement antiallemande puisque la culture allemande depuis l’écrasement de l’institution du nazisme en 1945, en raison de son rôle presque impensable dans le génocide des Juifs d’Europe, est la plus pointilleuse sur ce registre.

Cet autodafé, comme tous les autodafés, a produit les événement très laids qu’il devait produire : la création d’un bouc émissaire ; un artiste de bonne foi convaincu par les autres d’être coupable de n’avoir pas compris le regard des Allemands et sommé de renier sa propre œuvre et son sens, pourtant clair, et sur la toile et dans sa tête ; une confusion généralisée des autres artistes partagés entre la révolte impuissante et la collaboration avec les forces dominantes ; l’asthénie, surtout, de la réflexion et de la pensée comme il advient depuis quelques années devant ces sidérantes affirmations ultra-rapides et discutées à l’emporte-pièces à travers les on-dit contradictoires des journaux et des paroles en l’air, mais malheureusement écrites et donc persistantes, de Twitter et Facebook, ces spectaculaires événements fondés sur le rien, ou le peu, pratiquant la loupe grossissante et montés en boucle par des minorités agissantes sur les réseaux de communication tout aussi mondialisés et pris au sérieux par les institutions qu’il sont limités par une localisation très régionale de l’information et une origine tout à fait privée et minoritaire de la certification.

Comment cela a-t-il été rendu possible ? Voici la chaîne des micro-événements.

La fresque date de 2002 et s’intitule People’s Justice. « Taring Padi », le nom du collectif qui l’a produite, signifie « crocs de riz » et désigne la pointe acérée de la plante de riz qui, au contact de la peau, peut provoquer des démangeaisons. Le collectif entend créer une démangeaison sur les personnes au pouvoir. Il y a réussi au-delà de toute espérance en Allemagne, ce jour de l’été 2022. Pourtant, sa dénonciation n’est ni celle de l’Allemagne démocratique ni celle d’une religion ou d’un peuple, mais celle d’un régime militaire monstrueux, puisque le collectif, engagé politiquement avec précision en fonction de la situation de son pays, s’est formé en 1998 après la chute du régime militariste dictatorial et génocidaire du « Nouvel Ordre » du président Suharto, au moment de l’espoir d’une transition démocratique. Les plus impressionnantes fresques du groupe relatent les horreurs du génocide de 1965, souvent considéré comme le plus oublié de la planète malgré son million de morts, et dont l’étonnant film de Joshua Oppenheimer The Act of Killing (2012) donne une idée. Le propos des œuvres du groupe est donc avant tout la dénonciation du militarisme tant l’énormité de l’extermination des populations et des tortures reste ancrée dans la mémoire, voire dans le présent des Indonésiens, et celle du capitalisme financier qui la rend possible, relayé par les forces extraterritoriales agissantes des grands pays proches ou lointains, notamment sous la forme de leurs services secrets. Considérer la seule histoire de la non-réaction mondiale au génocide de 1965 (ce n’étaient, du moins au début, que des communistes qui étaient exterminés, et la guerre froide battait son plein) permet de comprendre que l’analyse politique de la situation par TP n’a pas grand-chose à voir avec le complotisme !

On comprend ainsi pourquoi, dans la partie gauche du triptyque, une sorte d’Enfer dans un Jugement dernier (pour faire volontairement une comparaison toute théorique avec la culture occidentale, car les chrétiens sont plus que minoritaires en Indonésie et les Juifs quelques dizaines seulement dans tout l’immense archipel, et une analogie également assez fausse tant les artistes attachés à la pure lutte politique ne semblent pas être des croyants, ni la rédemption leur problème), une patrouille de douze soldats bottés et casqués, aux menaçantes têtes de mort et affublés de sigles des services secrets de plusieurs grands pays occidentaux (« 007 », « KGB », « MI5 », « Mossad » et, moins lisible, peut-être : « Asia » et « Police »), avancent en direction d’un cimetière déjà plein d’ossements et vers une nuée blanche à l’intérieur de laquelle des dizaines de personnes sont suppliciées. Cette puissance policière-militaire effrayante est admirée et encouragée par des représentants du pouvoir de l’argent, dont un homme en chapeau melon, typique représentant de la City de Londres avec son costume élégant, sa cravate et sa pochette assorties, son cigare et, trahissant sa condition de trader et sa collusion avec les forces militaires et policières, des yeux injectés de sang sous ses grosses lunettes, des dents pointues de requin, une langue fourchue de serpent ou de démon et le sigle « SS » sur son chapeau.

Tout le scandale du 21 juin 2022 à la Documenta Fifteen tient dans le fait que, de part et d’autre du visage de l’homme au chapeau melon, tombent de fines mèches de cheveux raides et noirs légèrement réhaussés de blanc. Ces deux traits peuvent être interprétés comme la représentation de mèches de cheveux traditionnelles actuellement portées par les Juifs orthodoxes : des papillotes.

À partir de là, tout se retourne et la dénonciation politique et non raciste devient de l’antisémitisme ; tous les signes négatifs du pamphlet figuratif politique deviennent la caricature la plus ancienne des Juifs (vampirisme des yeux injectés de sang et avidité pour l’argent, voire qualité de banquier londonien) ; le sigle « SS » se met à ressembler à l’ignoble accusation antisémite par retournement des signes qui voit dans les Juifs de nouveaux nazis.

Il n’est évidemment pas impossible de lancer cette interprétation. Lorsque l’on analyse les œuvres d’art, ce sont des choses que l’on tente en jouant avec leurs signifiants. Les interprétations, qui sont toujours multiples et jamais univoques (c’est la première chose que l’on apprend à des étudiants en art), résistent plus ou moins en fonction des autres signifiants qui peuvent croiser et justifier, par ce croisement, l’interprétation. De là à en déduire le sens d’une œuvre, il y a plus qu’un pas. De là à en déduire les intentions de l’artiste, il y en a un encore plus grand. Ces pas ont la longueur de la différence entre l’étude d’une œuvre d’art à travers l’analyse interprétative de l’un de ses fragments et l’idéologie politique qui l’environne et, parfois, l’instrumentalise.

Voyons les signifiants proches. Le soldat qui porte l’inscription « Mossad » sur son casque est, à mon avis, hors de cause quant à l’antisémitisme et ne constitue pas une paire avec l’homme au chapeau melon. Certes, l’étoile de David est dessinée sur son foulard rouge, mais elle apparaît comme une insigne militaire logique et non confessionnelle ; il est pris au milieu de douze soldats parmi lesquels un Russe (« KGB ») et au moins deux Anglais (« 007 », espion de fiction célèbre qui appartient au MI6, mène la patrouille et constitue l’effet comique, d’humour noir tant son crâne de squelette est effrayant sous son casque) ; sa bouche est masquée soit par un groin de porc (c’est une possibilité : très nombreux sont les personnages affublés d’une tête de porc dans les images de TP), soit par un masque de protection (hypothèse plus probable vue la courbure supérieure noire du masque, que les autres soldats n’ont pas, et les deux missiles au-dessus de sa tête portant les inscriptions « atom » et « nuklir » ; si l’on veut comparer avec une imagerie zoomorphe contemporaine mondialement connue, cet homme du Mossad ressemble plus à la Nausicaa masquée pour échapper à la forêt toxique dans le film homonyme de Hayao Miyazaki de 1984, qu’à son sympathique anti-héros aviateur Porco rosso, de 1992, qui porte un groin de porc comme un personnage de cartoon, mais au-dessus d’un corps anthropomorphe). Il est donc tout à fait abusif de laisser croire à qui ne regarde pas de près ce tableau qu’il s’agit là d’une caricature antisémite classique représentant un Juif en porc. Même si l’on admet la possibilité du groin, il est flagrant que les autres soldats habillés comme celui du Mossad et patrouillant avec lui apparaissent, avec leur allure de cadavres ambulants, beaucoup plus atroces et condamnés par l’image, et qu’un autre soldat au béret rouge, plus typiquement indonésien et sans relation visible avec Israël ou la judéité, porte aussi, comme des dizaines de personnages dans les images de TP, un groin porcin, en l’occurrence de phacochère. Le sens est, sans ambiguïté, antimilitariste.

Rapprocher les deux papillotes du chapeau noir de l’autre personnage mise en cause produit un effet d’association qui permet de voir dans le melon un chapeau traditionnel de Juif orthodoxe d’aujourd’hui. Il s’agit là de la suite de l’interprétation lancée par les deux mèches de cheveux et non d’une représentation proprement dite car le melon est objectivement différent des formes possibles de chapeaux noirs associés aux Juifs pratiquant une forme stricte de leur religion. Quant au nez crochu, vu ou imaginé de loin par certains commentateurs dans la presse, il n’est pas avéré.

Les historiens de l’art des siècles passés sont à la recherche du moindre document pouvant attester de la réalité d’un auteur, du nom de son commanditaire, de sa religion, de ses intentions. Nous avons la chance de pouvoir parler aux auteurs bien vivants de TP, alors à quoi bon remplacer leur parole par une interprétation qui est la nôtre influencée par un autre art (la caricature) et un autre génocide (l’extermination des Juifs d’Europe) ? Si le représentant du groupe et tous les écrits pendant vingt-cinq ans d’un collectif sont unanimes sur la dénonciation du racisme et de l’antisémitisme, de quel droit leur faire dire le contraire ?

Comme toujours en la matière, le collectif étant très ancien et très organisé, internet regorge d’informations et d’œuvres reproduites permettant de savoir ce qu’il en est de l’art du groupe indonésien « TP ». Son style s’avère, à le prendre vraiment en considération, fort différent de ce que l’on appelle la caricature, et notamment la caricature de presse. La gravure sur bois et le carton découpé peint destiné à être porté lors de manifestations de rue, techniques bon marché adaptées à une économie limitée, font bien plutôt songer, si l’on cherche à nouveau un équivalent occidental, et même allemand, à l’expressionnisme ou aux cochons du Grosz de la Nouvelle Objectivité par leur efficacité immédiate, l’énormité de leur dénonciation de l’horreur. Un ouvrage de 318 pages en téléchargement libre (Taring Padi – Seni Membongkar Tirani, Lumbung Press, Yogyakarta, 2011), très richement illustré permet d’éviter un jugement de censeur focalisé sur le détail et l’œuvre unique mise en situation de jugement légal, qui transforme l’œuvre d’art – un classique dans tous les procès d’artiste de la modernité –, en pièce à conviction, sans considération pour l’œuvre complet de l’artiste, ici en l’occurrence le collectif créateur, ses opinions, le sens qui ressort de ses autres créations, ni même l’économie iconique de l’œuvre dont on découpe un petit bout de chair.

Pas l’ombre de l’antisémitisme dans ces 318 pages.

En conclusion, deux traits noirs d’environ cinq centimètres au sein d’une fresque en forme de triptyque surélevé en son centre mesurant 8 mètres sur 12 et rassemblant environ deux cents personnages et quelques centaines d’objets et éléments de décor permettent une réinterprétation, contraire au sens complet de l’œuvre et aux intentions proclamées de ses auteurs qu’aucun indice raisonnable ne permet de mettre en doute.

Pour moi, l’autodafé moderne consistant à humilier publiquement devant le monde entier un groupe antiraciste étranger sur le sol européen en exigeant de lui des excuses publiques et en annonçant la nécessité d’une police de toutes les autres œuvres exposées à la Documenta,  est disproportionné et témoigne d’un affolement politique absurde qui fait suite à plusieurs événement objectifs.

Depuis plusieurs mois, la Documenta est attaquée précisément sur le point de l’antisémitisme par un blog local raciste (qui se permet par exemple des moqueries sur les grains de riz nécessaires aux Indonésiens) se prétendant défenseur des Juifs. Ce groupuscule a prétendu que les artistes palestiniens invités étaient partisans du boycott d’Israël et à ce titre non admissibles aux subventions de l’État allemand. Cette allégation était fausse, mais les accusations de toute sorte ont continué et le groupe n’a pas été attaqué en justice par les instances gouvernant la Documenta comme il se devait. Ce laxisme a provoqué deux intrusions agressives deux jours avant l’ouverture dans les locaux abritant les œuvres palestiniennes. Des inscriptions correspondant à des menaces de mort ont été taguées sur les murs : les visiteurs peuvent encore les voir.

D’autre part, la Documenta Fifteen est la première à se dérouler après l’exposition berlinoise qui se tint du 18 juin 2021 au 9 janvier 2022 (« Documenta. Politique et art ») et qui fut, pour les Allemands un électrochoc puisqu’elle révéla, preuves historiques à l’appui, que le récit d’origine de l’exposition de Kassel, en 1955, censée rédimer la condamnation de « l’art dégénéré » par les nazis et ouvrir à une nouvelle époque, était une fiction car le fondateur et près de la moitié des membres organisateurs initiaux étaient d’anciens SS, SA ou membres du parti nazi, ce qui fut donc dissimulé ou oublié jusqu’en 2021.

Enfin, lors de la dernière Documenta, l’œuvre majeure exposée fut « Le Parthénon des livres » (installation de Marta Minujín), un temple grec, répondant à celui d’Athènes, où se déroulait exceptionnellement pour moitié la Documenta 14. Constitué de près de 100.000 ouvrages ayant un jour été interdits dans l’histoire pour raison de censure, Il fut érigé, sur la Friedrichsplatz, là où précisément, avait-on alors appris en 2017, avaient eu lieu, en mai 1933, un autodafé de deux mille livres interdits organisé par les nazis et, constatons-nous aujourd’hui, à quelques dizaines de mètres du lieu même où a été érigée, avec les mêmes échafaudages, la fresque Justice du Peuple de Taring Padi, quoique, jusqu’à nouvel ordre, seulement les quatre premiers jours de la Documenta 15.

Ces éléments, je crois, ne sont pas sans rapport entre eux.

Pr. Dr. Hervé Joubert-Laurencin

Université Paris Nanterre
Histoire des Arts et des représentations
Paris, le 25 juin 2022

 


Caricature of anti-anti-Semitism at Documenta in Kassel

On June 21, the first day of the summer of 2022, I witnessed a modern auto-da-fé in Kassel, in the German state of Hesse. During the Documenta, a gathering of contemporary art that takes place every five years and engages very large means with more than a million paying spectators during a hundred days, a huge open-air fresco erected in the center of the city and fifty meters from the main exhibition places, on the Friedrichsplatz, painted by an Indonesian group engaged for a quarter of a century against the totalitarian crimes of their country, of their region and opening their pacifist revolt through images, mainly anti-militarist and anti-racist, to the whole world was, at first, covered with a huge black veil and then, the next day, detached and dismantled in front of a small and sparse crowd, composed of about twenty offended middle-class people who allowed themselves to applaud and to film the beauty of the gesture, and of about a hundred artists exhibiting at the Documenta, ulcerated and voiceless for the majority. Except for the three Palestinian artists who were there and who – I believe rightly, and they had objective and already months old reasons to think so – felt strangely targeted and unexpectedly shouted: « Free Palestine! » At least we heard a few cries of opposition to the dismantling of a work of art on a meadow (the meadow of an exhibition space) that was supposed to defend it. A few others followed suit, but not many: “Art is not a crime!”, “Kassel culture, cancel culture!” It so happens that the person responsible for this display, namely the member of the group « Taring Padi » (TP) present at the exhibition in Kassel, is a charming, sensitive and perfectly intelligent young man, in no way aggressive and even less anti-Semitic since he fights against all racism and totalitarianism. If one is an art critic, one could rather reproach him for being too general in his denunciation. And yet, it has been claimed that the fresco was seriously anti-Semitic, and therefore seriously anti-German, since German culture, since the crushing of the institution of Nazism in 1945, because of its almost unthinkable role in the genocide of European Jews, is the most fastidious in this respect.

This auto-da-fé, like all auto-da-fés, produced the very ugly events it was intended to produce: the creation of a scapegoat; a bona fide artist convinced by others that he was guilty of not having understood the German gaze and ordered to deny his own work and its meaning, which was nevertheless clear both on the canvas and in his head; a generalized confusion of other artists divided between impotent revolt and collaboration with the dominant forces; the asthenia, above all, of reflection and thought, as has been the case for some years now, in the face of these staggering, ultra-rapid assertions, discussed in a piecemeal fashion through the contradictory sayings of the newspapers and the empty words, but unfortunately written and therefore persistent, of Twitter and Facebook, these spectacular events based on nothing, or little, and are magnified and looped by minorities acting on communication networks that are as globalized and taken seriously by institutions as they are limited by a very regional localization of information and a very private and minority origin of the certification.

How was this made possible? Here is the chain of micro-events.

The mural dates from 2002 and is called People’s Justice. « Taring Padi », the name of the collective that produced it, means « rice fangs » and refers to the sharp tip of the rice plant that, when in contact with the skin, can cause itching. The collective intends to create an itch on those in power. It succeeded beyond all expectations in Germany on that summer day in 2022. However, its denunciation is neither that of democratic Germany nor of a religion or a people, but that of a monstrous military regime, since the collective, politically committed to the situation in its country, was formed in 1998 after the fall of President Suharto’s dictatorial and genocidal « New Order » militarist regime, at a time of hope for a democratic transition. The group’s most impressive frescoes recount the horrors of the 1965 genocide, often considered the most forgotten on the planet despite its one million dead, and of which Joshua Oppenheimer’s astonishing film The Act of Killing (2012) gives an idea. The purpose of the group’s works is therefore above all the denunciation of militarism, since the enormity of the extermination of the population and of the torture remains anchored in the memory, and even in the present of the Indonesians, and that of the financial capitalism that makes it possible, relayed by the extraterritorial forces of the large countries, whether near or far, notably in the form of their secret services. Considering the history of the global non-reaction to the 1965 genocide (at least at the beginning, it was only communists who were exterminated, and the Cold War was in full swing), it is easy to understand that TP’s political analysis of the situation has little to do with conspiracy-making!

We can thus understand why, in the left part of the triptych, a sort of Hell in a Last Judgement (to make a deliberately theoretical comparison with Western culture, since Christians are more than a minority in Indonesia and Jews only a few dozen in the whole immense archipelago, and an analogy that is also rather false, since artists attached to pure political struggle do not seem to be believers, nor redemption their problem), a patrol of twelve booted and helmeted soldiers, with threatening skulls and emblazoned with the acronyms of the secret services of several major Western countries (« 007 », « KGB », « MI5 », « Mossad » and, less legible, perhaps : « Asia » and « Police »), advance towards a cemetery already full of bones and towards a white cloud inside which dozens of people are being tortured. This frightening police-military power is admired and encouraged by representatives of the money power, including a man in a bowler hat, a typical representative of the City of London with his elegant suit, matching tie and pocketkerchief, cigar and, betraying his condition as a trader and his collusion with the military and police forces, bloodshot eyes under his thick glasses, sharp shark teeth, forked tongue of a snake or demon, and the initials « SS » on his hat.

The scandal of 21 June 2022 at Documenta Fifteen lies in the fact that on either side of the man’s face in the bowler hat fall thin strands of straight black hair slightly highlighted with white. These two features can be interpreted as representing the traditional hair strands currently worn by Orthodox Jews: payes.

From this point on, everything turns around and the political and non-racist denunciation becomes antisemitism; all the negative signs of the political figurative pamphlet become the oldest caricature of the Jews (vampirism of the bloodshot eyes and greed for money, or even the quality of a London banker); the acronym « SS » starts to resemble the vile antisemitic accusation by turning the signs around, which sees the Jews as new Nazis.

It is obviously not impossible to launch this interpretation. When analyzing works of art, it is things that are attempted by playing with their signifiers. Interpretations, which are always multiple and never univocal (this is the first thing we teach art students), resist more or less depending on the other signifiers that can intersect and justify, through this intersection, the interpretation. From there to deduce the meaning of a work, there is more than one step. From there to deducing the artist’s intentions, there is an even greater step. These steps are as long as the difference between the study of a work of art through the interpretive analysis of one of its fragments and the political ideology that surrounds it and, sometimes, instrumentalizes it.

Let us look at the proximate signifiers. The soldier with « Mossad » on his helmet is, in my opinion, not involved in terms of antisemitism and is not a pair with the man in the bowler hat. True, the Star of David is drawn on his red scarf, but it appears as a logical and non-confessional military badge ; he is caught in the middle of twelve soldiers among whom one Russian (« KGB ») and at least two English (« 007 », a famous fictional spy who belongs to MI6, is leading the patrol and constitutes the comic effect, of black humor as his skeleton skull is so frightening under his helmet); his mouth is masked either by a pig’s snout (this is a possibility: very many characters have a pig’s head in TP images), or by a protective mask (a more likely hypothesis given the black upper curve of the mask, which the other soldiers do not have, and the two missiles above his head bearing the inscriptions « atom » and « nuklir »; if one wants to compare with world-famous contemporary zoomorphic imagery, this Mossad man looks more like the masked Nausicaa escaping the poisonous forest in Hayao Miyazaki’s 1984 film of the same name, than his friendly 1992 aviator anti-hero Porco rosso, who wears a pig’s snout like a cartoon character, but on top of an anthropomorphic body.) It is therefore quite wrong to suggest to anyone who does not look closely at this painting that it is a classic antisemitic caricature of a Jew as a pig. Even if one accepts the possibility of the snout, it is obvious that the other soldiers dressed like the Mossad soldier and patrolling with him appear, with their walking corpse look, much more atrocious and condemned by the image, and that another soldier in a red beret, more typically Indonesian and with no visible relation to Israel or Jewishness, also wears, like dozens of characters in the TP images, a porcine snout, in this case of a warthog. The meaning is unambiguously anti-militaristic.

Bringing together the two payes of the black hat of the other character in question produces an association effect that allows us to see in the bowler hat a traditional hat of today’s orthodox Jew. This is a continuation of the interpretation initiated by the two strands of hair and not a representation as such, as the bowler hat is objectively different from the possible forms of black hats associated with Jews practicing a strict form of their religion. As for the hooked nose, seen or imagined from afar by some commentators in the press, it is not proven.

Art historians of past centuries have been looking for the slightest document that can attest to the reality of an author, the name of his patron, his religion, his intentions. We are lucky enough to be able to talk to the living authors of TP, so what is the point of replacing their word with an interpretation of our own, influenced by another art form (caricature) and another genocide (the extermination of the Jews of Europe)? If the group’s representative and all the writings of a collective for twenty-five years are unanimous in their denunciation of racism and antisemitism, what right do they have to say the opposite?

As always in this matter, the collective being very old and very organized, the internet is full of information and reproduced works allowing us to know what the art of the Indonesian group « TP » is. His style is, if you really take it into consideration, very different from what is called caricature, especially press caricature. Woodcuts and painted cardboard cut-outs intended to be worn during street demonstrations, cheap techniques adapted to a limited economy, are more reminiscent, if we look again for a Western, and even German, equivalent, of Expressionism or the pigs of the Grosz of the new objectivity, because of their immediate effectiveness and the enormity of their denunciation of horror. A 318-page book available for free download (Taring Padi – Seni Membongkar Tirani, Lumbung Press, Yogyakarta, 2011), very richly illustrated, makes it possible to avoid a censor’s judgement focused on the detail and the single work placed in a situation of legal judgement, which transforms the work of art – a classic in all the trials of artists of modernity – into a piece of evidence, without any consideration for the work itself, with no consideration for the artist’s entire oeuvre, in this case the creative collective, its opinions, the meaning that emerges from its other creations, or even the iconic economy of the work from which a small piece of flesh is cut. Not a shadow of anti-Semitism in these 318 pages.

In conclusion, two black lines of about five centimeters within a fresco in the form of a triptych raised in its center, measuring 8 meters by 12 meters, and bringing together about two hundred characters and a few hundred objects and decorative elements, allow for a reinterpretation that is contrary to the full meaning of the work and to the proclaimed intentions of its authors, which there is no reasonable evidence to doubt.

In my view, the modern auto-da-fé of publicly humiliating a foreign anti-racist group on European soil in front of the whole world by demanding a public apology and announcing the need to police all other works exhibited at Documenta is disproportionate and shows an absurd political panic that follows several objective events.

For several months now, Documenta has been attacked precisely on the point of anti-Semitism by a local racist blog (which, for example, mocks the grains of rice needed by Indonesians) claiming to be a defender of the Jews. This group claimed that the Palestinian artists invited were supporters of the boycott of Israel and as such ineligible for German state subsidies. This allegation was false, but accusations of all kinds continued, and the group was not taken to court by the governing bodies of Documenta as it should have been. This laxity resulted in two aggressive intrusions two days before the opening into the premises housing the Palestinian works. Inscriptions corresponding to death threats were sprayed on the walls: visitors can still see them.

On the other hand, Documenta Fifteen is the first to take place after the Berlin exhibition that ran from 18 June 2021 to 9 January 2022 (« Documenta. Politics and Art »), which was an electroshock for the Germans as it revealed, with historical evidence, that the original story of the 1955 Kassel exhibition, which was supposed to redeem the Nazi condemnation of « degenerate art » and usher in a new era, was a fiction because the founder and almost half of the original organizing members were former SS, SA or Nazi party members, and this was therefore concealed or forgotten until 2021.

Finally, at the last Documenta, the major work exhibited was « The Parthenon of Books » (an installation by Marta Minujín), a Greek temple, answering to the one in Athens, where, exceptionally, half of Documenta 14 took place.

Consisting of nearly 100,000 works that were once banned in history for reasons of censorship, it was erected on Friedrichsplatz, precisely where, as we learned in 2017, an auto-da-fé of two thousand banned books organized by the Nazis had taken place in May 1933 and, we note today, a few dozen meters from the very place where Taring Padi’s fresco People’s Justice was erected, with the same scaffolding, although, until further notice, only during the first four days of Documenta 15. These elements, I believe, are not unrelated.

Prof. Dr. Hervé Joubert-Laurencin

University of Paris Nanterre
History of the Arts and Representations
Paris, 25th June 2022

 


Karikatur des Anti-Antisemitismus auf der Documenta in Kassel

Am 21. Juni, dem ersten Tag des Sommers 2022, war ich in Kassel im Bundesland Hessen in Deutschland Zeuge eines modernen Autodafés. Während der Documenta, einer Zusammenkunft zeitgenössischer Kunst, die alle fünf Jahre stattfindet und sehr große Mittel bindet, mit über einer Million zahlenden Zuschauern während hundert Tagen, wurde mitten im Zentrum der Stadt und fünfzig Meter von den Hauptausstellungsorten entfernt auf dem Friedrichsplatz ein riesiges Open-Air-Wandbild errichtet, das von einer indonesischen Gruppe gemalt wurde, die sich seit einem Vierteljahrhundert gegen die totalitären Verbrechen ihres Landes engagiert, ihrer Region und ihre pazifistische Revolte durch Bilder, die hauptsächlich antimilitaristisch und antirassistisch ist, für die ganze Welt öffnete, wurde zunächst mit einem riesigen schwarzen Schleier verhüllt und am nächsten Tag vor einer kleinen, spärlichen Menschenmenge, bestehend aus etwa 20 beleidigten Kleinbürgern, die sich erlaubten, zu applaudieren und die Schönheit der Geste zu filmen, und etwa 100 auf der Documenta ausstellenden Künstlern, die größtenteils empört und sprachlos waren, abgenommen und demontiert. Außer den drei palästinensischen Künstlern, die sich dort befanden und – ich glaube zu Recht, und sie hatten objektive und bereits Monate alte Gründe, dies zu glauben – sich seltsam angesprochen fühlten und aus heiterem Himmel riefen: « Free Palestine! ». Immerhin hörte man auf diese Weise einige Rufe gegen die Demontage eines Kunstwerks auf einer Wiese (dem Vorgarten eines Ausstellungsortes), die es angeblich verteidigen sollte. Einige andere taten es ihnen nach, sehr wenige: « Art si not a crime! », « Kassel culture, cancel culture! ». Es stellte sich heraus, dass die Person, die für dieses Plakat verantwortlich war, nämlich das Mitglied der Gruppe « Taring Padi » (TP), das in Kassel vor Ort war, ein charmanter, sensibler und vollkommen intelligenter junger Mann ist, der keineswegs aggressiv und schon gar nicht antisemitisch ist, da er gegen alle Rassismen und Totalitarismen kämpft. Wenn man Kunstkritiker ist, könnte man ihm eher vorwerfen, dass er in seiner Denunziation zu allgemein ist. Dennoch wurde behauptet, das Wandgemälde sei schwer antisemitisch, also eine schwere Beleidigung für Deutschland, da die deutsche Kultur seit der Zerschlagung der Institution des Nationalsozialismus im Jahr 1945 aufgrund ihrer fast undenkbaren Rolle beim Völkermord an den europäischen Juden in dieser Hinsicht am pingeligsten ist.

Dieses Autodafé hat, wie alle Autodafés, die sehr hässlichen Ereignisse hervorgebracht, die es hervorbringen sollte: Die Schaffung eines Sündenbocks; ein gutgläubiger Künstler, der von anderen davon überzeugt wurde, schuldig zu sein, den Blick der Deutschen nicht verstanden zu haben, und der aufgefordert wurde, sein eigenes Werk und dessen Sinn, der doch klar war, sowohl auf der Leinwand als auch in seinem Kopf zu verleugnen; eine allgemeine Verwirrung der anderen Künstler, die zwischen ohnmächtiger Revolte und Kollaboration mit den herrschenden Kräften hin und her gerissen waren; Asthenie, vor allem, der Reflexion und des Denkens, wie es seit einigen Jahren angesichts dieser verblüffenden, ultraschnellen Behauptungen geschieht, die durch die widersprüchlichen on-dit der Zeitungen und die leeren, aber leider geschriebenen und daher hartnäckigen Worte von Twitter und Facebook, diesen spektakulären, auf dem Nichts basierenden Ereignissen, diskutiert werden, wie aus der Hüfte geschossen werden, oder dem Wenigen, die mit Vergrößerungsgläsern arbeiten und von agierenden Minderheiten in Endlosschleifen über Kommunikationsnetzwerke zusammengestellt werden, die ebenso globalisiert sind und von den Institutionen ernst genommen werden, wie sie durch eine sehr regionale Lokalisierung der Informationen und eine ganz private und minoritäre Herkunft der Zertifizierung eingeschränkt sind.

Wie wurde dies ermöglicht? Hier ist die Kette der Mikroereignisse.

Das Wandgemälde stammt aus dem Jahr 2002 und trägt den Titel „People’s Justice“. „Taring Padi“, der Name des Kollektivs, das es produziert hat, bedeutet « Reiszähne » und bezeichnet die scharfe Spitze der Reispflanze, die bei Kontakt mit der Haut Juckreiz verursachen kann. Das Kollektiv beabsichtigt, bei den Machthabern einen Juckreiz zu erzeugen. Das ist ihm an diesem Tag im Sommer 2022 in Deutschland über alle Erwartungen hinaus gelungen. Doch seine Denunziation ist weder die des demokratischen Deutschlands noch die einer Religion oder eines Volkes, sondern die eines monströsen Militärregimes, denn das Kollektiv, das sich je nach Situation in seinem Land präzise politisch engagiert, formierte sich 1998 nach dem Sturz des militaristischen, diktatorischen und genozidalen Regimes der „Neuen Ordnung“ von Präsident Suharto, als die Hoffnung auf einen demokratischen Übergang aufkeimte. Die eindrucksvollsten Wandgemälde der Gruppe berichten von den Schrecken des Völkermords von 1965, der trotz seiner Millionen Toten oft als der am meisten vergessene Völkermord der Welt gilt und von dem Joshua Oppenheimers erstaunlicher Film „The Act of Killing“ (2012) einen Eindruck vermittelt. Das Anliegen der Werke der Gruppe ist also in erster Linie die Anklage des Militarismus, da die Ungeheuerlichkeit der Vernichtung der Bevölkerung und der Folterungen im Gedächtnis und sogar in der Gegenwart der Indonesier verankert bleibt, und die Anklage des Finanzkapitalismus, der sie ermöglicht, vermittelt durch die agierenden extraterritorialen Kräfte der großen Länder in der Nähe oder in der Ferne, insbesondere in Form ihrer Geheimdienste. Betrachtet man allein die Geschichte der weltweiten Nichtreaktion auf den Völkermord von 1965 (es waren, zumindest anfangs, nur Kommunisten, die vernichtet wurden, und der Kalte Krieg war in vollem Gange), so wird deutlich, dass die politische Analyse der Situation durch TP wenig mit Verschwörungstheorien zu tun hat!

So versteht man auch, warum im linken Teil des Triptychons eine Art Hölle in einem Jüngsten Gericht (um absichtlich einen ganz theoretischen Vergleich mit der westlichen Kultur anzustellen, denn die Christen sind in Indonesien mehr als eine Minderheit und die Juden nur einige Dutzend auf dem gesamten riesigen Archipel, und eine ebenfalls ziemlich falsche Analogie, da die dem reinen politischen Kampf verpflichteten Künstler keine Gläubigen zu sein scheinen und die Erlösung nicht ihr Problem ist), eine Patrouille von zwölf Soldaten mit Stiefeln und Helmen, bedrohlichen Totenköpfen und den Kürzeln der Geheimdienste mehrerer großer westlicher Länder (« 007 », « KGB », « MI5 », « Mossad » und, weniger lesbar vielleicht : « Asia » und « Police »), bewegen sich auf einen Friedhof zu, der bereits voller Gebeine ist, und auf eine weiße Wolke zu, in deren Innerem Dutzende von Menschen gefoltert werden. Diese furchterregende polizeilich-militärische Macht wird von Vertretern der Geldmacht bewundert und angefeuert, darunter ein Mann mit Melone, ein typischer Vertreter der City of London mit elegantem Anzug, passender Krawatte und Einstecktuch, Zigarre und – als Verrat an seinem Status als Händler und seiner Kollusion mit Militär und Polizei – blutunterlaufenen Augen unter seiner dicken Brille, spitzen Haifischzähnen, einer gespaltenen Zunge wie eine Schlange oder ein Dämon und dem Signet « SS » auf seinem Hut.

Der ganze Skandal des 21. Juni 2022 auf der Documenta Fifteen besteht darin, dass zu beiden Seiten des Gesichts des Mannes mit der Melone dünne Strähnen glatten, schwarzen Haars herunterfallen, die leicht mit weißer Farbe aufgepeppt sind. Diese beiden Merkmale können als Darstellung traditioneller Haarsträhnen interpretiert werden, die derzeit von orthodoxen Juden getragen werden: Schläfenlocken.

Von da an dreht sich alles um und aus der politischen, nicht rassistischen Denunziation wird Antisemitismus; alle negativen Zeichen des politischen bildlichen Pamphlets werden zur ältesten Karikatur der Juden (Vampirismus der blutunterlaufenen Augen und Geldgier, ja sogar Qualität eines Londoner Bankiers); das Kürzel « SS » beginnt durch die Umkehrung der Zeichen der schändlichen antisemitischen Anklage zu ähneln, die in den Juden neue Nazis sieht.

Es ist natürlich nicht unmöglich, diese Interpretation vorzuschlagen. Wenn wir Kunstwerke analysieren, sind es Dinge, die wir versuchen, indem wir mit ihren Signifikanten spielen. Die Interpretationen, die immer vielfältig und nie eindeutig sind (das ist das Erste, was man Kunststudenten beibringt), halten mehr oder weniger stand, je nachdem, welche anderen Signifikanten sich kreuzen und durch diese Kreuzung die Interpretation rechtfertigen können. Von hier aus die Bedeutung eines Werks abzuleiten, ist es mehr als ein kleiner Schritt. Von hier aus auf die Absichten des Künstlers zu schließen, ist es ein noch größerer Schritt. Diese Schritte sind so lang wie der Unterschied zwischen der Untersuchung eines Kunstwerks durch die interpretative Analyse eines seiner Fragmente und der politischen Ideologie, die es umgibt und manchmal instrumentalisiert.

Betrachten wir die naheliegenden Signifikanten. Der Soldat mit der Aufschrift « Mossad » auf seinem Helm ist meiner Meinung nach in Bezug auf Antisemitismus über jeden Zweifel erhaben und bildet kein Paar mit dem Mann mit der Melone. Zwar ist der Davidstern auf sein rotes Halstuch gezeichnet, aber er erscheint als logisches, nicht konfessionelles militärisches Abzeichen; er ist inmitten von zwölf Soldaten gefangen, darunter ein Russe (« KGB ») und mindestens zwei Engländer (« 007 », ein berühmter fiktionaler Spion, der dem MI6 angehört, führt die Patrouille an und bildet den komischen Effekt, schwarzen Humors, da sein Skelettschädel unter seinem Helm so furchterregend ist); sein Mund ist entweder durch eine Schweineschnauze verdeckt (das ist eine Möglichkeit: Es gibt sehr viele Figuren mit Schweineköpfen in den Bildern der TP) oder von einer Schutzmaske (diese Hypothese ist wahrscheinlicher, wenn man die schwarze obere Wölbung der Maske betrachtet, die die anderen Soldaten nicht haben, und die beiden Raketen über seinem Kopf mit den Aufschriften « atom » und « nuklir »; wenn man mit einer weltbekannten zeitgenössischen zoomorphen Bildsprache vergleichen will, ähnelt dieser Mossad-Mann eher der maskierten „Nausicaä“, die in Hayao Miyazakis gleichnamigem Film von 1984 dem giftigen Wald entkommt, als seinem sympathischen Antihelden und Flieger „Porco rosso“ aus dem Jahr 1992, der wie eine Cartoonfigur eine Schweineschnauze trägt, allerdings über einem anthropomorphen Körper). Es ist daher völlig unangemessen, jemanden, der das Gemälde nicht genau betrachtet, glauben zu lassen, dass es sich hierbei um eine klassische antisemitische Karikatur handelt, die einen Juden als Schwein darstellt. Selbst wenn man die Möglichkeit der Schnauze zulässt, ist es eklatant, dass die anderen Soldaten, die wie der Mossad-Soldat gekleidet sind und mit ihm patrouillieren, mit ihrem Aussehen als wandelnde Leichen, viel grausamer erscheinen und vom Bild verurteilt werden, und dass ein anderer Soldat mit roter Baskenmütze, der eher typisch indonesisch ist und keine sichtbare Verbindung zu Israel oder dem Judentum hat, ebenfalls, wie Dutzende von Figuren in den Bildern von TP, eine Schweineschnauze trägt, in diesem Fall die eines Warzenschweins. Die Bedeutung ist unzweideutig antimilitaristisch.

Wenn man die beiden Papilloten mit dem schwarzen Hut der anderen Person in Verbindung bringt, entsteht ein Assoziationseffekt, der es ermöglicht, in der Melone einen traditionellen Hut eines orthodoxen Juden von heute zu sehen. Es handelt sich hierbei um die Fortsetzung der durch die beiden Schläfenlocken ausgelösten Interpretation und nicht um eine Darstellung im eigentlichen Sinne, da sich die Melone objektiv von den möglichen Formen schwarzer Hüte unterscheidet, die mit Juden assoziiert werden, die eine strenge Form ihrer Religion ausüben. Was die Hakennase betrifft, die von einigen Kommentatoren in der Presse aus der Ferne gesehen oder imaginiert wurde, so ist sie nicht belegt.

Die Kunsthistoriker der vergangenen Jahrhunderte sind auf der Suche nach dem kleinsten Dokument, das die Realität eines Autors, den Namen seines Auftraggebers, seine Religion und seine Absichten belegen kann. Wir haben das Glück, mit den noch lebenden Autoren von TP sprechen zu können, warum also sollte man ihre Worte durch unsere eigene Interpretation ersetzen, die von einer anderen Kunst (der Karikatur) und einem anderen Völkermord (der Vernichtung der europäischen Juden) beeinflusst ist? Wenn der Vertreter der Gruppe und alle Schriften während 25 Jahren eines Kollektivs einstimmig Rassismus und Antisemitismus anprangern, welches Recht haben sie dann, das Gegenteil zu sagen?

Wie immer in diesem Bereich, da das Kollektiv sehr alt und sehr gut organisiert ist, ist das Internet voll von Informationen und reproduzierten Werken, die es ermöglichen, sich über die Kunst der indonesischen Gruppe « TP » zu informieren. Sein Stil unterscheidet sich, wenn man es genau nimmt, stark von dem, was man als Karikatur bezeichnet, insbesondere von der Pressekarikatur. Holzschnitt und bemalte Pappe, die bei Straßendemonstrationen getragen werden sollen, sind billige Techniken, die an eine begrenzte Wirtschaft angepasst sind. Wenn man erneut nach einem westlichen oder sogar deutschen Äquivalent sucht, erinnert dies eher an den Expressionismus oder an die Schweine von Grosz der Neuen Sachlichkeit aufgrund ihrer unmittelbaren Wirksamkeit und der Ungeheuerlichkeit ihrer Anklage des Grauens. Ein 318 Seiten umfassendes, frei herunterladbares Buch („Taring Padi – Seni Membongkar Tirani“, Lumbung Press, Yogyakarta, 2011), das sehr reich illustriert ist, ermöglicht es, ein auf das Detail fokussiertes Zensururteil und das einzige Werk, das in die Situation eines rechtlichen Urteils gebracht wird, zu vermeiden, das das Kunstwerk – ein Klassiker in allen Künstlerprozessen der Moderne – in ein Beweisstück verwandelt, in ein Beweisstück verwandelt, ohne Rücksicht auf das Gesamtwerk des Künstlers, hier in diesem Fall das schöpferische Kollektiv, seine Ansichten, die Bedeutung, die aus seinen anderen Schöpfungen hervorgeht, oder auch nur die ikonische Ökonomie des Werkes, aus dem ein kleines Stück Fleisch herausgeschnitten wird.

Auf diesen 318 Seiten findet sich kein Schatten des Antisemitismus.

Zusammenfassend lässt sich sagen, dass zwei schwarze Striche von etwa fünf Zentimetern innerhalb eines Freskos in Form eines in der Mitte erhöhten Triptychons, das 8 x 12 Meter misst und etwa 200 Personen sowie einige Hundert Gegenstände und Dekorelemente versammelt, eine Neuinterpretation ermöglichen, die dem vollständigen Sinn des Werks und den proklamierten Absichten seiner Autoren, die durch keinen vernünftigen Hinweis in Frage gestellt werden können, zuwiderläuft.

Meiner Meinung nach ist das moderne Autodafé, das darin besteht, eine ausländische antirassistische Gruppe auf europäischem Boden vor der ganzen Welt öffentlich zu demütigen, indem man von ihr eine öffentliche Entschuldigung verlangt und ankündigt, dass alle anderen auf der Documenta ausgestellten Werke polizeilich erfasst werden müssen, unverhältnismäßig und zeugt von einer absurden politischen Panikmache, die auf mehrere objektive Ereignisse folgt.

Seit mehreren Monaten wird die Documenta von einem rassistischen lokalen Blog (der sich beispielsweise über die Reiskörner lustig macht, die Indonesier brauchen), der sich als Verteidiger der Juden ausgibt, genau in Bezug auf die Frage des Antisemitismus angegriffen. Diese Gruppierung behauptete, dass die eingeladenen palästinensischen Künstler den Boykott Israels befürworteten und deshalb nicht für deutsche staatliche Zuschüsse in Frage kämen. Diese Behauptung war falsch, aber die Anschuldigungen aller Art gingen weiter und der Blog wurde von den Instanzen, die die Documenta regierten, nicht wie erforderlich verklagt. Diese Nachlässigkeit führte dazu, dass zwei Tage vor der Eröffnung zwei aggressive Eindringlinge in die Räume eindrangen, in denen die palästinensischen Werke ausgestellt waren. An die Wände wurden Schriftzüge gesprüht, die Morddrohungen entsprachen: Die Besucher können sie immer noch sehen.

Andererseits ist die Documenta Fifteen die erste nach der Berliner Ausstellung, die vom 18. Juni 2021 bis zum 9. Januar 2022 stattfand (« Documenta. Diese war für die Deutschen ein Elektroschock, da sie mit historischen Beweisen belegte, dass die ursprüngliche Geschichte der Kasseler Ausstellung von 1955, die die Verurteilung der « entarteten Kunst » durch die Nazis revidieren und eine neue Epoche einläuten sollte, eine Fiktion war, da der Gründer und fast die Hälfte der ursprünglichen Organisationsmitglieder ehemalige SS-, SA- oder NSDAP-Mitglieder waren, was bis 2021 verschwiegen oder vergessen wurde.

Auf der letzten Documenta schließlich wurde als Hauptwerk « Der Parthenon der Bücher » (Installation von Marta Minujín) ausgestellt, ein griechischer Tempel, der dem in Athen entspricht, wo die Documenta 14 ausnahmsweise zur Hälfte stattfand. Bestehend aus fast 100. 000 Büchern, die in der Geschichte aufgrund von Zensur verboten waren, wurde er auf dem Friedrichsplatz errichtet, genau dort, wo, wie wir 2017 erfuhren, im Mai 1933 eine von den Nazis organisierte Verbrennung von zweitausend verbotenen Büchern stattgefunden hatte und, wie wir heute feststellen, nur wenige Dutzend Meter von dem Ort entfernt, an dem mit denselben Gerüsten Taring Padis Banner Volksgerichtsbarkeit errichtet wurde, wenn auch bis auf weiteres nur an den ersten vier Tagen der Documenta 15.

Diese Elemente sind, wie ich meine, nicht ohne Bezug zueinander.

Prof. Dr. Hervé Joubert-Laurencin

Universität Paris Nanterre
Geschichte der Künste und der Darstellungen
Paris, den 25. Juni 2022


Image : Taring Padi, People’s Justice, 2002, détail